Quels métiers ont le plus de turnover en France ?

Métier avec le plus de Turn-over ?

Les apprentis et ouvriers non qualifiés de l’alimentation enregistrent un taux de mobilité sortante de 35,2% sur un an, selon les données de la DARES (janvier 2022-janvier 2023). Plus d’un tiers des salariés de cette profession changent de métier chaque année. Ils sont suivis par les ouvriers qualifiés de l’électricité et électronique (30,9%) et les employés de maisons (31%).

Le secteur de l’hôtellerie-restauration affiche globalement les taux les plus élevés en France, oscillant entre 30 et 50% selon les fonctions. À l’inverse, l’industrie se distingue par une stabilité exceptionnelle avec seulement 8 à 12% de rotation.

Métier/SecteurTaux annuel
Apprentis ouvriers alimentaire35,2%
Ouvriers électricité/électronique30,9%
Employés de maisons31%
Hôtellerie-restauration30-50%
Services à la personne20-40%
Industrie8-12%

📊 L’essentiel à retenir

Alimentation et restauration = champions de la rotation (30 à 35%)

🥘
Top 3 des métiers volatils
Alimentation, électricité, services à domicile dépassent 30%
🏭
Industrie ultra stable
Moins de 5% en production, ancienneté moyenne de 12 ans
📉
CDI vs CDD
Taux CDI réel de 8 à 10%, contre plus de 60% pour les CDD
⚙️
Causes principales
Précarité, horaires décalés, salaires modestes et peu d’évolution

Les métiers avec la rotation la plus forte en France

La DARES (Direction de l’Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques) a développé un outil de visualisation permettant de mesurer précisément le taux de mobilité sortante par profession. Cette analyse porte sur les métiers employant plus de 100 salariés en France, sur la période janvier 2022 à janvier 2023.

Le classement des professions les plus volatiles

Voici les métiers où les salariés restent le moins longtemps :

  • Apprentis et ouvriers non qualifiés de l’alimentation : 35,2% de départs annuels, soit plus d’un salarié sur trois qui change de métier chaque année
  • Ouvriers qualifiés de l’électricité et de l’électronique : 30,9%, un chiffre qui s’explique par la forte demande du marché et les nombreuses opportunités
  • Employés de maisons et personnels de ménages : 31%, reflet des conditions souvent difficiles dans les services à domicile
  • Télévendeurs : profession présentant la mobilité vers le chômage la plus importante, avec 12 620 projets de recrutement prévus en 2025
  • Aides de cuisine et employés polyvalents : 103 390 projets de recrutement en 2025, deuxième chiffre le plus élevé tous métiers confondus

Les serveurs de cafés et restaurants méritent une mention spéciale avec 107 810 projets de recrutement prévus en 2025, le chiffre le plus élevé de tous les métiers analysés. Cette rotation massive traduit à la fois une forte instabilité et une demande constante.

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Les vendeurs en magasin (alimentaire, habillement, ameublement) complètent ce classement avec des dizaines de milliers de recrutements annuels dans le commerce de détail.

Ce qui les relie

Ces professions à forte rotation partagent plusieurs caractéristiques structurelles :

  • Niveau de qualification faible : la plupart sont accessibles sans diplôme, facilitant les transitions
  • Pénibilité physique : station debout prolongée, charges lourdes, gestes répétitifs
  • Horaires décalés : travail en soirée, week-ends et jours fériés, incompatibles avec l’équilibre personnel
  • Précarité contractuelle : surreprésentation des CDD, contrats saisonniers et extras
  • Rémunération au SMIC : salaires modestes limitant l’attractivité
  • Perspectives d’évolution restreintes : peu de formations internes et plafonds de carrière rapides

Cette combinaison crée un cercle vicieux où la rotation élevée devient structurelle.

Quel secteur d’activité enregistre le plus de départs

L’analyse par secteur révèle des disparités importantes qui dépassent largement les moyennes nationales. Comprendre ces écarts vous permet de mieux interpréter votre propre environnement professionnel.

Hôtellerie-restauration et services à domicile

L’hôtellerie-restauration détient le record national avec un taux oscillant entre 30 et 50% selon les fonctions. Cette variation s’explique par une forte segmentation interne :

FonctionTaux
Saisonniers et extras>50%
Serveurs et aides de cuisine40-50%
Managers et directeurs15-20%

L’ancienneté moyenne plafonne à 2,5 ans. Les causes sont multiples : horaires en coupure épuisants, travail systématique les week-ends et jours fériés, saisonnalité marquée générant une précarité structurelle, et salaires rarement supérieurs au SMIC.

Les services à la personne affichent un taux global de 20 à 40%. Les intervenants à domicile (aides, auxiliaires de vie) subissent les taux les plus élevés (30 à 40%), tandis que les fonctions de coordination en agence restent plus stables (autour de 15%). La pénibilité physique et émotionnelle, couplée à l’isolation professionnelle, explique ces départs massifs.

Commerce et BTP

Le commerce et retail présente un taux moyen de 15 à 25%, mais cette moyenne cache un clivage marqué entre front office et back office. Les vendeurs en magasin connaissent des taux de 25 à 40%, tandis que les équipes du siège se situent autour de 10 à 12%, alignées sur la moyenne nationale.

Ce phénomène est paradoxalement accepté par les enseignes car il facilite l’ajustement des effectifs aux variations d’activité. Les 34 010 projets de recrutement pour les vendeurs en produits alimentaires et les 28 030 pour l’habillement confirment cette stratégie RH.

Le BTP affiche un taux global d’environ 17%, mais la réalité diffère radicalement selon le profil. Les ouvriers de chantier atteignent 22% de rotation, tandis que les cadres des bureaux d’études ne dépassent pas 7%. Les 45 000 postes non pourvus chaque année (selon France Travail) révèlent une tension forte malgré cette instabilité significative.

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Tech et industrie

Le secteur Tech et IT enregistre un taux de 15 à 20%, mais ici la lecture change. Les fonctions Sales et Tech (développeurs, commerciaux IT) grimpent à 20 ou 25% dans un contexte de guerre des talents, tandis que les fonctions administratives plafonnent à 12%. L’ancienneté moyenne de 2 à 3 ans reflète moins une insatisfaction qu’une culture sectorielle où la mobilité est perçue comme un accélérateur de carrière.

Les commerciaux IT restent d’ailleurs 18% moins longtemps en poste que leurs homologues de l’industrie, non par dépit mais par opportunité. Dans ce secteur, changer d’entreprise tous les 2 ou 3 ans n’est pas pénalisant, c’est stratégique.

L’industrie constitue le contre-modèle avec un taux de 8 à 12%, le plus faible de tous les secteurs. La production affiche même des taux inférieurs à 5%, témoignant d’une fidélité exceptionnelle. L’ancienneté moyenne de 12 ans (record national tous secteurs confondus) s’explique par une culture de fidélité valorisée, des investissements formation sur le long terme, des avantages sociaux progressifs et une implantation souvent rurale limitant les alternatives professionnelles.

15% de rotation, est-ce beaucoup ?

Le taux moyen national de 15 à 16% circule fréquemment dans les études RH, mais il masque une réalité plus nuancée qu’il n’y paraît. Ce chiffre global agrège tous les secteurs et, surtout, tous les types de contrats.

Le véritable indicateur à suivre pour les RH est la rotation des CDI, qui se situe entre 8 et 10% au niveau national. Pourquoi cette distinction ? Les CDD affichent un taux supérieur à 60%, ce qui fausse mécaniquement les moyennes. Isoler les CDI des CDD devient impératif pour obtenir une vision juste de la stabilité du personnel permanent.

Un taux de 10% est généralement considéré comme « bon » car il permet un renouvellement des compétences sans déstabiliser l’activité. Mais cette interprétation doit systématiquement être contextualisée au secteur.

Quelques exemples concrets :

  • 10% en industrie = signal d’alerte (la norme est de 8 à 12%, donc vous êtes à la limite haute)
  • 10% en Tech = performance excellente (la norme est de 15 à 20%, vous êtes donc en dessous)
  • 30% en hôtellerie-restauration = structurel et attendu (la norme est de 30 à 50%)
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Le piège méthodologique majeur réside dans l’inclusion des CDD. Si votre calcul intègre ces contrats temporaires sans les distinguer, vous obtiendrez des taux artificiellement gonflés qui ne reflètent pas la réalité de votre stabilité RH. L’intérim, pour sa part, n’entre pas dans le calcul.

La notion de taux de mobilité sortante utilisée par la DARES mesure spécifiquement la part des salariés qui changent de métier pour un nouvel emploi salarié sur un an. Elle diffère du calcul classique qui comptabilise l’ensemble des mouvements (départs et arrivées). L’attrition, elle, ne mesure que les départs, sans prendre en compte les recrutements.

Pourquoi ces métiers perdent autant de salariés

Les facteurs explicatifs se regroupent en cinq catégories principales :

1. Conditions de travail difficiles

La pénibilité physique (station debout prolongée, port de charges, exposition aux intempéries) combinée aux horaires décalés (soirées, week-ends, jours fériés) érode rapidement la motivation. Un serveur travaille systématiquement quand les autres se reposent. Un ouvrier du BTP subit les conditions climatiques sans protection réelle.

2. Précarité contractuelle

La surreprésentation des CDD, contrats saisonniers et extras crée une instabilité permanente. Quand la fin de mission équivaut mécaniquement à la fin d’emploi, la rotation devient structurelle plutôt qu’accidentelle. L’hôtellerie-restauration illustre parfaitement ce phénomène avec plus de 50% chez les saisonniers.

3. Rémunération modeste

Les salaires au SMIC dominent dans les métiers à forte rotation. Même les primes variables (objectifs commerciaux pour les vendeurs) ne compensent pas toujours cette faiblesse. Sans perspective d’augmentation significative, la tentation de chercher ailleurs grandit rapidement.

4. Perspectives d’évolution limitées

Le manque de formation continue et les plafonds de verre rapides frustrent les salariés. Un aide de cuisine reste souvent aide de cuisine. Un vendeur en magasin peut espérer devenir chef de rayon, mais les opportunités restent rares. Cette absence de trajectoire professionnelle claire pousse au départ.

5. Culture sectorielle

Certains secteurs valorisent la mobilité comme un accélérateur de carrière. Dans la Tech, changer d’entreprise tous les 2 ou 3 ans n’est pas pénalisant, c’est stratégique pour maximiser sa progression salariale et son employabilité. À l’inverse, l’industrie valorise la fidélité et investit sur le long terme dans la formation de ses salariés, créant un cercle vertueux de stabilité. L’hôtellerie-restauration a, de son côté, intégré la rotation comme une donnée structurelle qui facilite l’ajustement des effectifs aux variations saisonnières. Cette acceptation culturelle explique pourquoi peu d’efforts de rétention sont déployés dans ce secteur.

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Cécile Francesca

J’observe le business comme un terrain d’idées et le marketing comme un levier d’impact. Sur mon blog, je parle d’entreprise, de stratégie et de décisions qui comptent vraiment. J’aime décrypter, simplifier et transmettre. Derrière chaque marque, il y a une vision ; mon rôle est de la rendre lisible, cohérente et durable.

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